4-Interviews

Mercredi 3 janvier 2007

Vivre sur une île: quel imaginaire ?


L''île ne faisait absolument pas partie de mon imaginaire. J'avais des mythologies de citadin, d'urbain: l'espace, les grands fleuves, la Guyane, les forêts... J'avais beaucoup aimé la Guyane, donc des imaginaires de grands espaces, assez sauvages. J'avais de vagues idées sur les Somalies, où je ne suis jamais allé. Il s'est trouvé qu'en descendant sur Arles avec la péniche en venant de Paris, en achetant les cartes d'état major entre Sète et Marseille, j'ai cherché un lieu et parmi ces lieux il y avait des îles au bord de l'eau. (Je cherchais un lieu au bord de l'eau et la plupart des îles sont au bord de l'eau.) Donc, il se trouve que je suis tombé sur cette île. Pas parce que c'était une île mais parce qu'il y avait un cabanon, qui était sur les cartes d'état major. Je cherchais aussi un hangar au bord d'un canal. Je cherchais un lieu avec de l'espace et de l'eau à côté. Après en voiture, en passant par la réserve, je suis allé voir du bord ce cabanon qu'on ne voyait pas. Mais il se trouve qu'il y avait un panneau "A vendre" avec un numéro de téléphone. J'ai appelé, je suis allé visiter le cabanon.
Je me suis retrouvé sur une île mais ce n'était pas prémédité, il n'y avait pas d'imaginaire insulaire du tout. Après j'ai acheté ce cabanon mais pas l'île qui appartient à l'état et j'avais la péniche. Au début je n'avais pas de petit bateau pour aller sur l'île. Ce n'était pas très pratique. En arrivant j'ai commencé par écraser le petit montant en bois qu'il y avait en me garant. Et j'ai mis au moins deux mois pour habiter la maison. J'ai continué à habiter à l'arrière dans l'habitat du marinier sur la péniche. La cabane avait été cambriolée, parce qu'il avait laissé ses affaires, il y avait des armoires et les gens avaient piqué les draps, quelques affaires dans la literie... Mais c'était habitable, une maison en briques réfractaires, avec un toit en "émérite". Donc avant d'investir le lieu, j'ai mis un certain temps. Pas parce que c'était une île mais parce qu'il ne suffit pas d'acheter quelquechose pour se l'approprier.

Donc la mythologie de vivre sur une île, c'est venu après, par hasard, je n'ai jamais cherché une île. Après il y a eu la création du mot "ilotopie", peut-être 6 mois ou un an après. J'ai du l'acheter en septembre 78. La première association ilotopie le début, c'était en 79.

Un bateau, c'est une île. J'ai vécu sur une péniche à Paris, en Bourgogne et différents endroits sur une péniche totalement aménagée. C'est pire qu'une île au sens où c'est une île moins l'espace. Une péniche, c'est très fermé comme endroit et l'on n'a pas de notion d'espace sauf si on est sur le pont en train de naviguer. Quand on est à l'intérieur, on est dans un huis-clos. C'est presque un sous-marin. Une île à la Jules Vernes. Une île de métal. J'avais l'habitude de ça. Depuis l'âge de vingt ans j'habitais sur une péniche. La première péniche que j'ai acheté je l'ai vendue à Paris, avec une place, au Pont des arts, Quai Conti et elle y est toujours. Je l'ai vendue en 77. J'ai donc passé huit ans à Paris sur une péniche. Au moment où je l'ai vendue, j'en ai acheté une vide. Je suis venu me garer à côté de l'ancienne, j'ai pris quelques affaires, j'ai traversé la France et je suis arrivé à Port Saint Louis. Je m'en suis servi pour le déménagement. Ca ne valait pas cher une péniche...

 

 
68 et les années 70

Je suis né à Paris. Mes parents sont nés à Paris et la moitié de mes grands parents aussi. En mai 68, j'étais en terminale, en philo, au lycée Carnot. Ca a bouleversé ma vie évidemment. Je pense que j'étais un garçon tout à fait inintéressant, réactionnaire, sans aucune idée politique et l'agitation qui a eu lieu, tout au début de mai 68, ça m'a évidemment transformé. A 17 ans tu es sensible à des conneries de la mode, t'as pas le droit d'avoir des cheveux longs dans ton lycée, le censeur à l'entrée te vire, t'empêche de rentrer. C'est le conservatisme. Les moeurs étaient archaïques. La rebellion quand tu as 17 ans... tu sentais bien que la société était conservatrice, sans plus. On était préparé à ce que la société soit conservatrice. J'habitais chez mes parents, eux étaient gaullistes, ils ne comprenaient rien à ce qui se passait, ils voyaient des voitures brûler. J'ai découché et commencé à ne pas rentrer le soir, j'allais aux manifs. Certains soirs on est resté enfermé dans la Sorbonne, on ne pouvait pas rentrer, les CRS dehors... Enfin, j'étais avec un copain, qui était dans ma classe. On a vécu ces journées là dans les manifs, quelques passages sur les barricades mais pas énormément. On s'est fait attraper une fois, à une manif des pro-chinois, des maoistes, donc embarqués, la nuit en taule, on passe entre les rangées de CRS, chacun a droit à un coup de crosse de fusil, on est mis dans les camions, et au débarquement pareil, chacun a droit à un coup de crosse, et puis mis en cellule, fiché et libéré au petit matin, ce n'était pas passionnant.

Mais j'ai participé, à la Sorbonne, parce que c'était le lieu de l'agitation, il y avait des conférences, il y avait Jean Paul Sartre qui venait, etc. et plein de prises de paroles. Un jour des types arrivent en courant, "On a pris l'Odéon !", "On a pris l'Odéon !", tous les gens qui étaient à la Sorbonne à ce moment là sont sortis et se sont précipités à l'Odéon. Et donc on est arrivé, tout le monde s'est installé sur les fauteuils. Il y avait Jean Louis Barrault et Madeleine Renault et plein de monde qui étaient assis en tailleur sur la scène, les soixante-huitards un peu partout aussi, et puis il y a une discussion qui s'engageait et lui non plus il ne comprenait rien à se qu'il se passait, le malheureux, lui c'était son théâtre. Il ne comprenait pas que la rue et ces zigotos envahissent son théâtre et alors moi ce qui m'a marqué c'est qu'un moment donné il dise: "je vous demanderai de ne pas fumer dans les fauteuils !" alors que c'était un bordel inimaginable et des gens qui criaient dans tous les sens et lui ce qui lui faisait peur c'était qu'on mette le feu et qu'on abîme les fauteuils. Ce décalage là il était partout. Il ya une génération qui n'a pas du tout compris ce qui se passait, et même des intellectuels comme lui ils ne comprenaient absolument pas ce qui se passait.

Après je suis rentré à Nanterre, qui était aussi un foyer d'agitation, à la rentrée de 68 et là l'agitation pendant deux ans a continué très très fortement à l'université, avec attaque de CRS, dans l'université, c'était très violent. Il y avait vingt mille étudiants mais c'était très récent, installé en pleine zone, la Défense n'était pas encore construite, il y avait les bidons-villes et le grand dada des étudiants en sociologie, c'était d'aller faire de l'ethnographie dans les bidons-villes à côté. Les étudiants en philo, ils allaient à Poissy voir chez Renault comme c'était les ouvriers. Il y avait l'idée comme ça de l'intellectuel qui va se pencher sur le monde social et qui va aller voir comment c'est le bidon-ville, comment c'est le travail à la chaine, il y avait cette idée là, c'était étrange. Il y en a qui faisaient des études que pour ensuite aller se faire embaucher comme OS chez Renault et y foutre le bordel.

Mai 68 m'a influencé sur plein de trucs. Déjà, j'ai quitté mes parents, par exemple. On a loué un appartement, à 3 personnes et en même temps je travaillais déjà au Palais des Sports puisque j'ai commencé à y travailler avant mai 68. Je faisais des remplacements au départ, tenir les projecteurs suiveurs. Et c'est pour ça que j'ai pu partir de chez mes parents, parce que j'avais une autonomie financière, j'avais de quoi payer un loyer.

A la fac j'étais inscrit en psycho mais franchement, je ne sais pas pourquoi. Mais j'avais pris des UV de socio, heureusement, c'est ça qui m'a donné envie de changer. L'année suivante, je me suis inscrit en socio. La psycho j'ai trouvé ça abominable. Je ne comprenais pas qu'on puisse essayer de rentrer dans la tête des autres. Ca m'a semblé être une violence, c'est à dire que j'avais pas du tout envie d'apprendre comment on rentre dans la tête de quelqu'un. Faire psycho c'est ça. Toutes les propositions de boulot elle sont très très suspectes, soit c'est de l'orientation d'enfant, on a une demi-heure pour orienter la vie d'un gamin. Soit c'est dans les entreprises et faire de la sélection, faciliter la transversalité dans l'entreprise. Tous les profils de carrière qui pouvaient suivre auxquels ils nous préparaient c'était vraiment tout à fait affreux. L'intérêt de la socio pour moi c'était de m'aider à comprendre ma société, ça m'intéressait. Tout d'un coup avoir des clefs de lecture pour comprendre ce qui se passe autour de toi, dans ton monde mais faire de la psychologie pour comprendre mes parents ça ne m'intéressait absolument pas. Et la socio y a pas de risque d'avoir un boulot suspect, parce que qu'il n'y en a pas ou très peu, enfin il y en a toujours un peu, l'analyse institutionnelle, dans l'entreprise, dans la pub, il y a quelques boulots...

Parmi mes profs il y avait Baudrillard, il avait juste écrit "Le système des objets" et c'était un prof ordinaire. Il ne faisait pas cours. Il s'asseyait au fond de la classe avec son journal, éventuellement on pouvait aller discuter avec lui. Il attendait d'être payé, il n'avait pas du tout envie d'enseigner à des étudiants mais tout ce qu'il avait trouvé pour gagner sa vie c'était d'être prof à l'université mais ça ne l'intéressait pas. Il n'avait pas de cours magistraux, on n'était pas très nombreux, on était une vingtaine à son cours, c'était un cours ordinaire. J'avais lu son bouquin mais tu te sentais morveux, pas à la hauteur. Tu sentais bien que le type il était très loin de toi, très très loin. (27 mns)La formation artistique, les premières expériences
J'ai toujours aimé faire des bidouillages, j'ai toujours aimé aboutir une idée, c'est à dire partir d'une idée et la réaliser. Partir d'un concept et finaliser. Dans ma chambre il y avait un moteur électrique qui permettait d'ouvrir et fermer les volets matin et soir, avec un enrouleur. Il y avait une petite machine pour allumer les cigarettes. Une petite machine en bois, je m'en souviens vaguement, avec un trou, quand tu mettais la cigarette, ça branchait une résistance et ça allumait la cigarette. Je faisais des bricolages comme ça, je faisais sauter l'électricité assez souvent, c'était en 110 volts à l'époque alors ce n'était pas trop grave, je m'électrocutais un peu mais... Donc je faisais des petits bricolages et aussi des collections d'animaux, d'insectes, boites d'allumettes, boite de camemberts. J'écrivais des faux journaux scientifiques en prenant des articles et en mettant des dessins, j'écrivais un peu mais j'étais très mauvais en écriture. Je dessinais et je construisais.

Je suis resté étudiant jusqu'à 27 ans et il y a eu des rencontres avec des musiciens de free jazz. Je n'avais pas d'argent du tout alors je n'ai jamais été public. J'allais jamais en boite, jamais au restaurant, jamais dans les bars. Quand je sortais c'était pour travailler, je n'ai jamais été consommateur de spectacles, le cinéma très peu. je me suis toujours senti auteur des choses et pas consommateur des choses. Je bossais le soir en plus, c'est un handicap pour aller faire des trucs. C'est à dire qu'on ne gagnait pas beaucoup d'argent à faire ça mais ça nous prenait quand même le créneau 9 heures du soir / minuit et demi. Donc après tu te retrouves à minuit et demi, tu prends les derniers métros ou ta bagnole quand t'en as une. T'as pas mangé alors tu vas manger un morceau, il faut trouver un restau pas cher encore ouvert à cette heure là et tu rentres direct. Il est déjà une heure du matin et si tu veux aller à la fac le lendemain... Mais malgré tout je ne sais pas comment j'ai rencontré le milieu du free jazz. Un gars qui s'appelle Bernard Vitez, un saxophoniste, une chanteuse qui s'appelle Damia, une autre femme qui était la mère de Christophe Bertonneau qui chantait et qui jouait des instruments de musique. Berrocal qui était un trompettiste, un peu des pianistes, François Tusk, qui était accompagnateur de Colette Magny. Enfin ce monde là qui évoluait du côté de la rue Moufetard, Quartier Latin. Il y avait très peu d'argent, avec des concerts très très free. Il y avait très peu de public, quelques boites qui les accueillaient et petit à petit j'ai commencé à construire des instruments de musique, avec Bernard Vitez. Et puis j'ai commencé à penser qu'il fallait peut-être mettre en scène ces concerts parce qu'il y avait tellement pas de public, c'était tellement chiant comme musique. Eux ils prenaient leur pied mais le public t'en perdais la moitié. Au bout d'une demie-heure la salle se vidait, c'était terrible... Donc j'ai commencé à me dire qu'il fallait des images par dessus ces concerts. Voilà pour les premières propositions. Après ça jouait au Centre Américain, boulevard Raspail, dans des caves. Moi la première fois c'était de peindre les musiciens pendant qu'ils jouaient, au pinceau, entièrement, chacun d'une couleur, la trompette compris, le visage, tout. Moi je devais me peindre en premier et puis je peignais les musiciens pendant l'heure et demie de concert, il y avait le temps de bosser. Et après j'avais préparé des assiettes avec de la couleur et deux pinceaux que je mettais sur les tables du cabaret, en général c'était surtout des couples.
D'autres choses, construire un échaffaudage pendant le concert et faire en sorte que les musiciens puissent monter dessus. j'avais des sièges simples qui s'emboitaient dans les tubes et le concert finissaient quand ils étaient perchés dans les cintres. Les musiciens finissent par disparaitre. Dans le concert, ils intégraient le bruit de l'échaffaudage, des clefs à cliquer qui servaient. Et puis j'ai travaillé un peu en même temps avec des danseurs de la danse contemporaine, à faire leurs lumières. J'avais énormément appris en éclairage. Au Palais des Sports où je travaillais tous les soirs, souvent il fallait inventer l'éclairage une heure avant le spectacle. Au Palais des Sports les gens louaient la salle pour faire un spectacle mais ils n'avaient pas les moyens de payer quelqu'un qui allait faire les lumières, quelqu'un qui allait faire le son donc c'est l'équipe de base qui se retrouvait à devoir éclairer ce qu'il y avait là, sans répétition, sans rien. Il fallait improviser immédiatement, envoyer telle couleur, tel projecteur à tel endroit, essayer de comprendre ce qu'il se passait sur scène, ça demandait beaucoup de réactivité. Ca apprend assez rapidement à faire des lumières. C'était vrai aussi bien pour d'autres choses, pour des réunions de sport que pour des réunions politiques, des meetings...

Les gens qui avaient un staff artistique avec eux, c'était la danse, le théâtre, le cirque, là on éxécutait des éclairages qui étaient prévus, pour les autres il fallait inventer. Quand il y avait les Pink Floyd, évidemment, ils avaient leurs éclairagistes, leurs éclairages et nous on était en supplément. Ils venaient avec 17 semi-remorques, ils avaient tout ce qu'il fallait. Je me souviens par exemple d'un meeting contre la peine de mort qui avait été incroyable parce qu'avaient participé Brassens, Nougaro, Léo Ferré, Brel... tous ces gens qui chantent sur scène et il fallait inventer les éclairages, Il n'y avait personne pour dire ce qu'il faut faire. Donc moi je dirigeais l'équipe de 12 personnes qui faisaient les éclairages avec des poursuites et des micro-casques. Il y avait 12 couleurs par projecteur, plus des éclairages fixes. Il y avait aussi un jeu d'orgues qu'il fallait piloter. L'intérête comme c'est une salle ronde, les poursuites sont tout autour de la salle. En fait c'était des poursuites mais on les utilisait très rarement pour poursuivre. Le parti pris de cette salle là, c'était que les poursuites soit l'éclairage de base. On ouvrait en grand et on mettait 4 projos en rouge et la salle était rouge. il ne faut pas imaginer juste des poursuites style Holiday on Ice, suivre les pingoins sur la glace, c'était la plupart du temps utilisé fixe.

Nijinsky c'était un danseur incroyable, mais cabot, il était affreux en répétitions et pénible mais c'était magnifique, incroyable. D'autres gens: ... une danseuse du Bolchoï. C'était la plus grande salle de Paris alors passaient les spectacles qui avaient besoin d'une grosse jauge. C'est la même société qui après a créé Bercy. En fait c'était les gens qui étaient propriétaires du Vel d'Hiv avant la guerre, qui a été rasé, à la suite de mauvais souvenirs antisémites. Le Vel d'hiv c'était un endroit hallucinant, c'était hyper populaire et c'était les pistes de vélo où les gens tournaient pendant 3 jours, "les 4 jours de Paris". C'est des familles entières qui venaient avec des couvertures, qui habitaient là avec les sanwichs et tout. Ca a disparu et ces gens là, cette société là a créé le Palais des Sports, à la Porte de Versailles, parce qu'il y avait des matches de boxe qui avaient lieu dans cette salle, certains lundi mais sinon c'était tout sauf de la boxe. En fait il y avait 2 directions, l'une qui ne s'occupait que de la boxe et du catch. Tous les lundi, il fallait détruire tout ce qu'il y avait, mettre un rideau au milieu, changer les gradins et tout, c'était un boulot fou et puis ça disparaissait le mardi. Les spectacles reprenaient. Et même quand il y avait Holiday on Ice qui restait deux mois, il fallait couvrir la glace avec des cartons, on mettait les gradins, les sièges et ça disparaissait. C'était un boulot colossal. C'était 400 personnes, des pompiers qui étaient embauchés, qui trimballaient les sièges, les gradins. donc voilà j'étais dans cette ambiance des nuits entières, à brasser des trucs.

Il s'est passé un clash, on refusait parfois d'éclairer les meetings du Front National, de faire les meetings sionistes. Deux fois on a refusé d'éclairer et la salle était louée quand même. A la direction ils commencaient à en avoir marre de cette bande de soixante-huitards qui décidaient quand ils le voulaient de ne pas éclairer et ils s'étaient jurés de nous virer. La saison se terminait au mois de juin et ils disent: voilà plus personne ne bosse ici et ils virent aussi le directeur technique et en fait ils n'ont pas eu de chance parce que pendant ce temps là ils ont rentré un spectacle qui s'appelait "La Révolution Française" qui devait avoir lieu en septembre, ils n'ont pas eu le temps de préparer une nouvelle équipe et moi je bossais sur la fête de l'humanité, je faisais les lumières. Ils m'ont téléphoné pour me proposer de devenir directeur artistique du Palais des Sports. J'ai accepté à condition de reprendre toute l'équipe, sauf l'ancien directeur technique. Donc, ça ne leur a pas plu, mais ils n'avaient pas le choix parce qu'il y avait le spectacle qui attendait et donc on a tenu une année dans ces conditions là. Mais pendant ce temps là eux ils ont préparé la rentrée d'après. Pendant une année je me suis retrouvé directeur technique, donc à être très bien payé mais à habiter sur place quasiment, j'avais mon duvet dans le bureau et je vivais là-bas. T'as plein de fric mais plus une minute à toi. Ca s'est arrêté en 75, depuis l'âge de 17 ans, j'ai du bosser 8 huit là dedans.

Ensuite, j'ai travaillé vraiment avec des artistes, on s'était rencontré déjà avant, mais je n'avais pas le temps de bosser avec eux. Et là, j'ai bossé avec des compagnies. Soit de free jazz, soit de danse contemporaine, à faire soit des mises en scènes soit des lumières. Et en même temps je faisais des sculptures pour un mec, des instruments de musique... c'était la dèche, la vie difficile. J'allais dans les boucheries acheter du gras pour récupérer l'huile, faire des grattons d'un côté et récupérer le jus de l'autre. Très peu d'argent. J'avais pas de chomage, j'avais rien. Je n'ai jamais utilisé le système. C'est ici à Port Saint Louis que j'ai commencé à profiter des aides, du chomage, de l'intermittence... Si personne ne t'en parle tu ne le découvres pas.

 

 

Le situationnisme, le détournement

Le m'étais inscrit en histoire de l'art à Nanterre et je n'y suis absolument pas resté tellement ça m'avait déprimé les cours d'histoire de l'art. Je n'ai pas du tout de formation, de désir du côté de l'art et de la théorie de l'art. J'étais complétement vierge là-dessus. La sociologie m'intéressait mais pas du tout la sociologie de l'art. Même le mot art ne m'évoquait rien. Je n'ai jamais eu le sentiment qu'en voyant Béjart c'était de l'art. Il y avait le spectacle, il y avait des spectacles mais il n'y avait aucun sens d'une théorie du spectacle et j'allais assez peu au cinéma... J'avais bien aimé Pierrot le fou mais ça n'allait pas beaucoup plus loin que ça. Je n'étais pas un cinéphile du tout. Pas du tout de vision sociologique de l'art alors le situationnisme connais pas. La notion de détournement, si on prend "La dialectique peut-elle casser des briques ?" c'est surement une des rares situations où j'ai vu du détournement artistique. Mais quand même, le free jazz c'était une forme de détournement. J'avais du mal à comprendre le free jazz. Autant les gens avec qui j'étais autant ça m'était difficile. des fois j'avais envie de leur demander de jouer un morceau normal, prce que je savais qu'ils pouvaient le jouer, mais ils s'y refusaient. Eux savaient pourquoi ils jouaient du free jazz, moi je ne savais pas. On ne parlait pas de théorie de l'art en tous cas moi je ne parlais pas avec eux de théorie de la musique. Sur la danse contemporaine, ça m'a semblé plus évident que ce n'était plus possible de faire Gisèle ou de faire ce que faisais le Bolchoï. Ca m'a semblé tout à fait clair. Le free jazz ça ne me semblait pas du tout évident, ce n'était pas ma musique, j'étais resté sur des musiques plus romantiques, Ray Charles, Jango Rheinart... Mais petit à petit je me suis mis au free jazz et ça m'a plu vachement longtemps. Les performances j'avais oublié ce que c'était, je n'allais pas dans les expos. J'allais dans des endroits que pour bosser ou parce que je connaissais des gens qui bossaient, dans la danse ou le free jazz. J'avais deux réseaux, mais entièrement séparés. C'étaient des tous petits réseaux, personne n'allait voir non plus la danse contemporaine, il n'y avait pas de public. Aussi peu de public que pour le free jazz. C'était la dèche aussi et ils étaient vraiment misérables. Pour les danseurs c'était encore plus dur que pour les musiciens parce que les musiciens ils savent qu'avec l'âge ils se bonifient alors que les danseurs ils se dégradent, et ils le savent depuis tout petits.Constitution et évolution du groupe ilotopie
L'acte de naissance d'ilotopie. Denis Jourdin, il était très au début mais pas au tout début. Lui il était peintre et il habitait en Bourgogne. Je l'avais connu quand il était étudiant aux beaux arts. En fait il y a beaucoup de gens d'une partie de ma vie que j'ai rencontré au Palais des Sports, puisque c'était un groupe d'étudiants. Il y avait 12 projecteurs et tout le monde n'était pas libre tous les soirs. On était au moins 25 à tourner sur cette histoire, on faisait rentrer nos copains, et les copains des copains alors ça faisait une bande assez intéressante, parce que c'était surtout des étudiants, quelques uns de droit mais la plupart étaient des étudiants en lettres ou aux beaux arts. ce réseau là il a tenu un certain temps. Tous des gens assez politisés. Quand je suis descendu à Port Saint Louis, quelques uns m'ont accompagné dans le voyage. J'espérais qu'ils allaient aussi quitter Paris, moi c'était assez radical je quittais Paris c'était clair je ne me retournais pas eux ce n'était pas forcément le moment pour eux. Ils avaient envie de bouger mais ils n'étaient pas très surs et en fait ils sont tous remontés à Paris. Et je me suis retrouvé assez rapidement seul sur cette île. Il y en a qui descebdaient une semaine, quinze jours... Je crois que c'était mon histoire en fait. D'abord, c'est moi qui avait un peu de fric parce que j'avais vendu la péniche à Paris donc c'est moi qui avait pu acheter le cabanon sur l'île, ça m'appartenait quelque part. C'est moi qui avait décidé de changer de vie, d'aller dans un lieu où il y avait beaucoup d'espace, que ce soit l'inverse de la ville. Eux, ils m'accompagnaient peut-être par gentillesse, par curiosité mais ils n'avaient pas envie d'être en rupture aussi radicale avec la ville. Ici, ce n'était pas facile. D'abord quand je n'ai plus eu d'argent je me suis dit que j'allais trouver le moyen de faire des actes artistiques, mais dans la ville. Et que je n'irais dans la ville que pour bosser, en étant payé. Le défi, c'était ça, il fallait absolument trouver le moyen d'avoir de l'argent, avoir la force de mettre un désordre dans la ville et se retirer.

Il y a eu un premier temps où il y a eu la création d'une association, que j'ai appellé ilotopie et qui était pour essayer de défendre le site de l'îlon, parce qu'on avait beaucoup de soucis avec les chasseurs, les pêcheurs qui auraient bien aimé nous virer de cet endroit là qui était un lieu de braconnage. Donc le premier dépot de l'association ilotopie c'était "Protection de la faune et de la flore du Delta du Rhône", c'était une association de protection du site, qu'on a déposé en sous-préfecture et puis l'année d'après, comme j'avais besoin d'aller bosser et je me suis dit que j'allais transformer cette association pour me tourner vers l'extérieur plutôt que de la défendre de l'intérieur et c'est devenu: "ilotopie, inventions et interventions artistiques". L'association est restée la même mais il y a eu changement d'objet.

Après j'ai cherché comment faire fonctionner ça , j'ai passé des petites annonces dans au moins 4 journaux. Style Rock'n folk, style un truc qui devait s'appeller "la scène", un truc comme ça, Libération peut-être... C'était proposé à des villes mais ça disait: "Nouveau fou propose désordre dans la ville." et il y avait l'adresse.

La première commande, c'était de travailler dans un quartier avec les adolescents pour inventer un simulacre d'invasion du centre ville, ou plutôt un rituel d'invasion avec eux. Il fallait que cette invasion soit artistique. C'était de travailler avec les jeunes d'une maison de quartier et les aider à fabriquer des objets artistiques qui leur permette de faire une entrée en ville. Dans la ville, quand ils y allaient, c'était pour foutre le bronx. Ils n'étaient pas du centre ville donc quand ils allaient en ville, c'était en bandes et c'était pour des bagarres et casser des trucs. L'idée c'était de leur donner une raison de fierté pour entrer en ville. Donc de s'accompagner d'un objet artistique qu'ils fabriquaient eux. Le problème c'est que c'était assez loin du centre ville ce quartier alors on a travaillé sur des véhicules. On a travaillé sur des vélos, une 2 CV qui a été complétement transformée. Ce n'était que des véhicules puisqu'il fallait y aller, à pied c'était assez loin.

La première fois j'étais tout seul. J'avais une petite valise en plastique, je suis monté en train et je n'avais rien. Après je suis allé dans les casses chercher les matériaux, dans les caves d'immeubles aller récupérer des vélos, des trucs comme ça, on a trouvé une 2CV. Après j'ai trouvé ça un peu dur de bosser tout seul. J'ai peut-être fait 2 contrats tout seul mais après j'ai demandé à Denis Jourdin de venir bosser avec moi sur cette histoire, mais il vivait en Bourgogne. Et donc on se retrouvait, c'était souvent en région parisienne, des fois c'était vers Marseille et on faisait le contrat ensemble. On le préparait et on le faisait ensemble. Mais il n'a jamais vécu sur l'île. Très vite on a loué un garage dans le quartier, pour avoir un atelier. Et j'avais une camionnette, qui n'a pas duré très longtemps. Je pense qu'on est resté à 2 jusqu'en 82, 83. Christophe ça a été la 3° personne, sauf que Denis il n'habitait pas là, il ne venait que sur les contrats, tandis que Christophe est venu vivre sur place, il vivait dans la péniche, il avait 16 ans.

 

L'union de la gauche au pouvoir en 81

Avant la gauche au pouvoir en 81, il y a eu plein de contrats, dans la région, la falaise des fous, dans le Juras, c'était sous Giscard, on avait déjà fait des abris-bus, on avait déjà fait pas mal de trucs. Il faut imaginer que c'était sous la droite tout ça. Le changement avec l'arrivée de la gauche, moi je ne l'ai pas vu. Je constate à posteriori et là où je suis très critique sur la manière dont une culture de gauche s'est développée à ce moment là, qui correspond pour moi à une forme d'échec de la culture. Il s'agissait de faire descendre la culture reconnue, officielle, mais ce n'était pas la même, elle était évidemment plus contemporaine chez les socialistes que chez Giscard, n'empêche que c'était la bonne culture qu'il fallait aller proposer au peuple. Et il était incompréhensible que le peuple ne comprenne pas et ne sache pas reconnaître la bonne de la mauvaise culture. C'est quand même ce mouvement là qu'a apporté Lang et ça c'est quand même très insupportable. C'était un grand mépris de la population. Rapidement le territoire a été irrigué par des intellos parisiens qui ont brisé toute vélléité de provincialité. Il fallait détruire la province, sa ringardise. Il fallait absolument que Paris éclaire la province de ses lumières intellectuelles. Donc tout l'opéra marseillais, tout ce qui pouvait passer de populaire dans les théâtres, l'opérette fonctionnait encore, tout ça ça a été incroyablement balayé, sorti des théâtre par la peau des fesses, pour faire de la décentralisation culturelle. Ce qui avait été commencé avec Malraux mais qui s'est poursuivi galopant avec la gauche, qu'on mette une bonne culture. Même si ça comprend Koltès, ce n'est pas vraiment un problème d'auteur, c'est le fait que c'était des lieux, ça ne remettait pas en cause la maison de la culture, c'est à dire on fait de la culture dans des lieux. La culture ce n'est pas un truc qui se fait dans des maisons. C'est pas comme la prostitution. La culture c'est partout, tout le monde en est dépositaire et elle ne vient pas d'un endroit particulier qui serait élitiste et elle n'a pas à descendre vers les masses. Elle n'a pas à s'enfermer dans des lieux spécialisés. Pour moi la culture c'est quelquechose qui circule, qui vient de partout et qui appartient à l'espace et qui ne va pas aller dans les cathédrales. S'il doit se dire des messes, quelles soient culturelles ou religieuses, elles doivent se dire dehors, en plein air, aux yeux de tous, dans le mélange. Il ne faut pas aller s'enfermer dans des bastions. Le socialisme est quand même rentré dans cette démarche là. Le budget a augmenté, il y a eu un mec qui était dynamique mais pas plus que Malraux avait été dynamique. C'était difficile de retrouver un individu comme Malraux aussi. Malraux en 68 était devenu le pire des réactionnaires mais il avait quand même un parcours incroyable. J'ai toujours eu l'impression que cette décebtralisation qu'a poursuivi la gauche ce n'était pas très différent de ce qu'avait commencé Malraux.Les paradoxes (détournements et provocations)
Ce n'était pas pour chercher le scandale, absolument pas. Je crois qu'à chaque fois le principe c'était de proposer une espèce de brutalité dans l'espace à un endroit où on ne l'attend pas. Avec l'espoir que cette brutalité allait permettre de voir ce morceau de monde ou ce morceau de temps d'une manière différente, mais sans offrir beaucoup d'explications. C'est militant contre le conservatisme. L'idée c'est de rappeler tout le temps la fragilité d'un moment, d'un espace, d'une situation, d'un site, d'un rapport humain et qu'il y a toujours un basculement possible à un moment donné. L'accident. C'est parler de l'accident en fait. Des fois à l'aide de simulacres. C'est mettre en péril la réalité. C'est plus de la poésie que du militantisme. A l'endroit où c'est militant c'est le fait de choisir d'être toujours dans la rue, ça c'est une décision militante. J'avais bien conscience que des choses avaient déjà eu lieu, des performances dans des galeries. Je connaissais Klein, les performances autour de la couleur, mais à chaque fois devant 15 personnes triées et ça c'est un truc qui m'horripilait. Quelquepart c'est assez scandaleux la manière dont l'intelligensia travaillait pour elle-même. Elle ne cherchait pas du tout à s'ouvrir au monde, à faire des propositions qui éclabousse le monde. Après on attendait qu'il y ait des photos qui parlent de ce qui avait été fait de manière à ce que les choses gagnent du terrain. C'était juste marquer le monde de sa patte et ah moi j'ai été le premier à faire ça, on était 4 au fond d'une galerie mais voilà. Ca c'est une chose que je trouvais assez insupportable. Je voulais absolument que si il y avait des expériences à faire artistiquement elles aient lieu dans l'espace public et devant des gens ordinaires, un maximum de gens. Ca c'est le côté militant. Après, sur ce qu'on allait faire par rapport à ça, tout était possible du moment que c'était déstabilisant socialement.. C'est à dire que le principe c'était de chercher à brouiller les cartes, à mettre en péril la réalité. C'est là que Baudrillard m'avait influencé sur la suspicion qu'il avait que la réalité existe. Il n'était pas du tout certain que la réalité existe encore. Il y a des moments où il pense que tout est simulacre. Il y a Barthes aussi qui m'a beaucoup influencé. Les mythologies, le degré zéro de l'écriture, la chambre claire. Tout le boulot sur le langage. En fait tout ce que j'ai retenu de la psycho, c'est d'avoir étudié le langage. C'est Saussure qui quelquepart m'a amené à lire Barthes.

Maintenant on revendique le fait de vendre ce qu'on ne sait pas faire, mais je ne suis pas sur qu'on s'est dit ça dès le départ. On fait attention de ne pas vendre un savoir faire. Donc ça c'est assez luxueux parce que ça veut dire qu'on fait souvent des erreurs, qu'on est pas toujours efficaces mais c'est l'idée que c'est le seul moyen de se renouveler, se mettre un peu en péril, d'apprendre des trucs. J'aime bien la phrase qu'on avait mis sur un camion d'ilotopie " De l'art dans vos épinards" Elle est étrange cette phrase parce qu'elle a été réfléchie sur le fait que c'est dans vos épinards, il y a le jeu de mots sur "Dollars", Dali c'est quelqu'un qui m'a beaucoup marqué. Cette phrase est étrange parce qu'elle me mettait moi à l'extérieur. C'est un peu le sociologue qui pose la phrase. C'est à dire lui ne se trouve pas dans les épinards. Il regarde passer le tour de France, il est sur le bas-côté et il regarde passer les gens. C'est un peu cette position là, qui est un peu prétentieuse, qui n'est pas facile à tenir. Ce n'est pas l'art dans les épinards, ce n'est pas l'art dans nos épinards, c'est "De l'art dans vos épinards". C'est un peu militant. C'est un peu aussi la bonne parole, pas forcément socialiste mais c'est quand même un peu dire: on peut avec l'art améliorer son quotidien. Je me souviens de réflexions sur la route, dans les autoroutes... faut dire que c'était incompréhensible aussi...

 

Le rapport au texte

Evidemment qu'on est nourri de textes et d'auteurs mais ça ne m'a jamais effleuré l'esprit de monter un texte comme on dit au théâtre, de prendre un texte que j'aurais bien aimé et de me dire on va faire un spectacle sur ce texte. C'est quelquechose que je ne peux pas imaginer. Je pense que monter un spectacle, c'est plutôt un moment de la vie des gens, d'une compagnie ou d'un metteur en scène, c'est faire le résumé de sa vie, de ses expériences, de ses influences et on sort un truc qui vient de soi. C'est comme un tableau, un tableau c'est pas forcément comme une citation des autres peintres, c'est une création. Après on pourrait imaginer écrire des textes si il y avait l'idée de mettre des textes dans les spectacles mais c'est vrai que c'est toujours le visuel... même si j'aime jouer avec les mots...ma langue c'est ma vue. Je sais que jouer avec les mots c'est un boulot d'intellectuel et ça m'inquiète, je pense que c'est suspect socialement. Que c'est des pirouettes pour exclure une partie de la population. Pour se définir en tant qu'intellectuel. Je pense que c'est moins vrai avec des images, avec des mises en scène vivantes parce que elle n'exclut pas. Quand on voit comment Sarkozy est obligé de parler, quelle tristesse. Pour pouvoir parler à l'ensemble de la population il est obligé de n'utiliser que 400 mots alors que ce n'est pas vrai avec les images. Avec les images, la représentation, on peut avoir une plus grande subtilité qu'avec les mots. La religion l'avait très bien compris. La religion a fait vivre les peintres, ça a été beaucoup plus facile de faire passer le divin à partir du moment où l'image a été acceptée, on a pu oser la représentation. Parce que c'est devenu populaire. Le groupe
Il n'y a pas eu de manifeste, parce qu'il n'y a pas eu un moment donné où ont se serait réunis à 4 musiciens en se disant tiens on va faire un groupe de musique. Ca c'est passé très progressivement. Moi j'ai eu besoin de bosser, j'ai passé les annonces, j'ai fait 2, 3 contrats, ensuite j'ai demandé à Denis de venir m'aider, on a bossé ensemble, puis il y a eu une 3° personne puis une 4°... La fondation a été tellement progressive, tellement liée à l'influence des gens qui étaient là. Pas celle de Christophe parce qu'il était trop jeune, celle de Denis évidemment, comme plasticien, et puis celle de Françoise, qui elle venait du théâtre et puis après d'autres gens qui sont entrés dans la compagnie, Silvain qui était un ouvrier en rupture de banc, qui venait à la fois de la ferme de ses parents dans la Nièvre et qui avait fait une école pour être fraiseur et soudeur. Il s'était servi de ça pour construire son bateau et se barrer de chez ses parents. Qui est arrivé à Port Saint Louis et qui s'est mis à découvrir qu'il y avait des gens qui vivaient en vendant du désordre, donc ça l'épatait un peu. Il a commencé à nous aider à construire des trucs. Ce sont des influences comme ça. Lui m'a appris l'acier par exemple. L'acier, le métal ce n'était pas mon matériau bien que j'avais construit un bateau. Il a ramené un savoir faire, un regard d'ouvrier, qui était vachement intéressant. Françoise je l'ai rencontrée à Avignon mais pas dans le festival, au théâtre des Carmes, il y avait une fête de la poésie et ils m'avaient demandé d'installer des trucs et comme on avait déjà construit des oreilles on a installé des oreilles, avec des poèmes à lui et Françoise était venue avec le théâtre des Tafurres, de Bordeaux, faire des spectacles dans la rue, sur échasses.Le spectacle
C'est un mot je ne sais pas si on devrait l'utiliser. On l'utilise pour vendre ce qu'on fait mais je ne suis pas sur qu'on fasse des spectacles. Ca dépend desquels. C'était beaucoup des installations, avec des sculptures en équilibre. On avait fait les funanbules, on avait fait des installations de portes qui pouvaient tourner sur 360°. Des installations avec des habits, du linge, dans des cabines téléphoniques, très souvent. Sur des panneaux de signalisation, tout ce qui était mobilier urbain y était passé de toutes façons, à détourner. Les arbres, mais les arbres en tant que mobilier urbain, pas l'arbre dans sa sauvagerie. L'arbre mort en fait. L'arbre qu'on met dans la ville, bien sur qu'il n'est pas mort mais il a été décidé cet arbre. Il a été mis là par décision, il est taillé régulièrement. Beaucoup de travail là-dessus. Il ne s'agissait pas de respecter l'arbre. Mais ce n'était pas des spectacles.


L'acteur
"Quand j'ai rencontré ilotopie, leur travail était très plastique et conceptuel. ilotopie posait ses installations et se mettait à la terrasse du café d'en face pour regarder." (Françoise Léger en 95)

Ce n'était pas toujours comme ça. Ce n'est pas tout à fait vrai parce que avec Denis par exemple à Manosque on était entièrement mis en scène. On avait travaillé sur le corps malade par exemple, on avait des stagiaires, on remplissait des bouteilles d'eau à la fontaine, on étalait de l'éther par terre dans la rue piétonne et au bord de la fontaine, on était en blouse blanche, on était avec nos 2 ou 3 stagiaires qui étaient dans des espèces de fauteuils roulants et un charriot horizontal comme si elles étaient un peu paralytiques, nous on était plutot les soignants et on attendait que les gens viennent nous parler du corps et de leurs maladies en fait, donc là c'était jouer. On avait des épluchages de pommes de terre, on jouait. On demandait aux gens de nous aider, on avait acheté plein d'éplucheurs et les gens nous aidaient. C'était super bien. Quand il y avait un tas d'épluchés on le remettait à terre, les épluchés aussi. Ca a fini par faire scandale, évidemment. On se mettait dans des cages. Des petites cages sur le marché entre les légumes. Le corps était impliqué dans les installations. Pas quand on faisait la vie en abris-bus, là c'était juste une installation avec une chambre. Les tranches de jambon dans les cabines téléphoniques ou avec des radios ou des attrappes mouches, qui collent. Ce qu'on a souvent fait aussi c'est de badigeonner avec de l'argile, au pinceau et ensuite à la souffleuse envoyer des billes de polystyrène expansé qui se collaient sur l'argile. Ca fait des espèces de trucs assez informes. C'est assez beau. Ca fait noël... Donc malgré tout c'était assez installations et performances, mais c'était partagé. Ca dépendait des histoires. Mais le corps était impliqué. Même quand j'étais à Paris il y avait des spectacles où j'étais dedans. J'avais fait un spectacle avec des escargots de Guinée, des gros, et j'étais nu en train de tourner sur un plateau électrique avec des escargots, (sur ... de Mishima?) Ca durait une heure et demie. C'était un concert mis en scène mais il n'y avait pas les textes de Mishima. Il n'y avait que les climats, avec 5 musiciens.

Par ilotopie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus